
La question qui a tout déclenché
Tout roman commence par une question. Pour Le Dernier Homme de la Lune, c’était celle-ci : que se passerait-il, là-haut, si la Terre disparaissait ?
Elle m’est venue en écoutant « 2 Lepers on the Moon » de Diva Faune. Deux silhouettes perdues là-haut, loin de tout… L’image ne m’a plus quitté. Et très vite, une autre question a suivi : et s’il n’en restait qu’un ?
J’aurais pu répondre « peu importe, c’est de la fiction ». Mais j’aime les histoires où la science tient la route, celles où l’on sent que l’auteur a fait ses calculs avant de lâcher ses personnages dans le vide. Alors je les ai faits.
Voici ce que j’ai appris en préparant le livre. Rassurez-vous : aucune révélation sur l’intrigue, seulement la physique qui se cache derrière.
Non, la Lune ne partirait pas à la dérive
On imagine souvent qu’une Lune sans Terre filerait droit dans l’espace, perdue à jamais. C’est faux.
La Lune tourne autour de la Terre à environ 1 km par seconde. Mais la Terre et la Lune, ensemble, tournent autour du Soleil à près de 30 km par seconde. Ce second mouvement est trente fois plus rapide que le premier. C’est lui qui domine.
Si la Terre s’évanouissait d’un coup, la Lune s’en apercevrait environ 1,3 seconde plus tard : c’est le temps que met la gravité, qui voyage à la vitesse de la lumière, pour parcourir les 384 000 km qui les séparent. Ensuite ? Elle continuerait simplement sur sa lancée, en orbite autour du Soleil, presque sur le chemin qu’occupait la Terre. Elle deviendrait une petite planète à part entière, avec une année d’environ 365 jours.
Autrement dit, la Lune survivrait très bien à notre disparition. C’est nous qui aurions un problème.
Pulvériser une planète : une affaire d’énergie
Une planète ne disparaît pas par magie. Pour la détruire vraiment, il faut disperser ses morceaux assez loin pour qu’ils ne se rassemblent pas sous l’effet de leur propre gravité.
Pour la Terre, cela représente environ 2 × 10³² joules. Un chiffre abstrait ? C’est à peu près toute l’énergie que le Soleil rayonne en une semaine, dans toutes les directions.
Un objet de la taille de Cérès, le plus gros corps de la ceinture d’astéroïdes, devrait percuter la Terre à au moins 700 km par seconde pour y parvenir. Les impacts naturels les plus violents dépassent rarement 70 km par seconde. Il faudrait donc un projectile dix fois plus rapide que tout ce que le Système solaire produit ordinairement. Improbable, mais pas impossible.
Et la Lune, dans tout ça ? Une Terre pulvérisée ne disparaît pas : sa masse est toujours là, transformée en un immense nuage de roches en fusion. Tant que ce nuage reste à l’intérieur de l’orbite lunaire, la Lune continue d’être attirée par lui presque comme avant. Ce n’est qu’en se dilatant que le nuage relâche peu à peu son emprise. La Lune n’est pas libérée d’un coup : elle dérive, sur une orbite de plus en plus chaotique.
Quelques heures avant la pluie de pierres
Depuis la Lune, la Terre paraît presque quatre fois plus large que la Lune vue depuis chez nous. Assister à sa destruction serait un spectacle impossible à manquer.
Mais le vrai danger arriverait ensuite. Pour quitter la Terre, un débris doit dépasser 11 km par seconde. À 15 ou 20 km par seconde, il franchit les 384 000 km jusqu’à la Lune en cinq à sept heures. C’est le délai dont disposerait quiconque se trouve là-haut avant que les premiers fragments n’arrivent.
Sur Terre, l’atmosphère nous protège : la plupart des météores s’y consument. La Lune, elle, n’a pas d’atmosphère. Chaque caillou frappe le sol à pleine vitesse. Un simple gravier d’un gramme lancé à 10 km par seconde porte autant d’énergie qu’une voiture d’une tonne roulant à 36 km/h. Imaginez maintenant des millions de fragments, certains gros comme des montagnes.
C’est ce genre de calcul qui a façonné certaines scènes du roman.
Survivre seul là-haut
Supposons qu’un homme survive à tout cela, dans une base lunaire. Que lui resterait-il ?
Des jours et des nuits de deux semaines chacun. Curieusement, la disparition de la Terre n’y changerait rien : la Lune tourne sur elle-même en un peu plus de 27 jours, et un cycle complet de jour et de nuit dure toujours environ 29 jours et demi. En plein soleil, le sol monte à plus de 120 °C. La nuit, il descend jusqu’à -170 °C.
De l’eau, peut-être. Au fond de certains cratères des pôles, jamais éclairés par le Soleil, de la glace se cache depuis des milliards d’années. La NASA l’a confirmé en 2009 en projetant un étage de fusée dans l’un d’eux. De l’eau, c’est de quoi boire, mais aussi de l’oxygène et du carburant.
De l’énergie, à condition de bien choisir son emplacement. Pendant la longue nuit lunaire, les panneaux solaires ne servent plus à rien. Près des pôles, en revanche, certains sommets restent éclairés presque en permanence.
Et surtout, le silence. Aucun ravitaillement, aucun secours, personne au bout de la radio. Quand on sait qu’on est le dernier, la vraie question n’est plus de savoir comment survivre, mais pourquoi.
Née d’une catastrophe
Une dernière chose, qui me fascine. Selon l’hypothèse la plus admise, la Lune est elle-même née d’une collision. Il y a environ 4,5 milliards d’années, un corps de la taille de Mars, baptisé Théia, aurait percuté la jeune Terre. Les débris de ce choc se seraient rassemblés pour former notre satellite.
La Lune est née d’une catastrophe. Dans mon roman, elle en devient le dernier témoin.
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Bon voyage, Daniel
